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Culture & Histoire

Le phare de la Caravelle, sentinelle de l'Atlantique

Villa Kaïbana 2 juillet 2026 5 min de lecture

Le phare rouge et blanc de la Caravelle dominant l'Atlantique, presqu'île de la Caravelle, Martinique

Tout au bout de la presqu’île, là où la terre s’avance comme une proue dans l’Atlantique, une tour rouge et blanche monte la garde. Depuis 1862, le phare de la Caravelle balaie l’océan de trois éclats blancs toutes les quinze secondes — le même signal, nuit après nuit, pour les bateaux qui remontent la côte au vent de la Martinique. C’est l’un des plus vieux gardiens de l’île, et l’un des plus hauts perchés.

On y monte pour la vue, immense, qui s’ouvre à 360 degrés sur les deux baies et l’océan. Mais le phare a aussi une histoire — celle d’un chantier voulu sous Napoléon III, d’une réserve naturelle qui l’entoure, et d’une plantation en ruine tapie juste en contrebas. Voici ce qu’il faut savoir avant de prendre le sentier, à quelques minutes de la Villa Kaïbana.

Une tour née sous Napoléon III

La construction du phare est décidée le 19 décembre 1852, mais il faudra près de dix ans pour la mener à bien. Bâtie entre 1860 et 1861 sous le Second Empire, la tour est allumée en 1862. Sa mission : signaler la côte atlantique — la côte « au vent », la plus exposée de l’île — et guider les navires vers le port de La Trinité, blotti derrière la presqu’île.

L’ouvrage est modeste et trapu : une tour carrée en maçonnerie, coiffée de sa lanterne, haute d’à peine quatorze mètres. C’est le rocher qui fait le reste. Le phare est planté à 162 mètres au-dessus de la mer, ce qui en fait, par son altitude, l’un des plus hauts de France. De là-haut, son feu porte à plus de quarante kilomètres au large — vingt-deux milles marins.

Longtemps, des gardiens ont vécu au pied de la tour, à l’entretenir et à l’allumer chaque soir. L’électronique a fini par prendre le relais : le phare est automatisé en 1970, et le dernier gardien quitte les lieux en 1987. Aujourd’hui, il veille seul. En 2013, il est inscrit au titre des monuments historiques — le centième de la Martinique.

La sentinelle de la réserve

Le phare ne domine pas n’importe quel morne. Toute la pointe de la presqu’île est classée en réserve naturelle depuis 1976 : près de 388 hectares de nature sauvage, gérés par le Parc naturel régional de la Martinique et préservés de toute construction.

C’est un condensé d’écosystèmes. Sur les hauteurs, une forêt sèche résiste au sel et au vent ; en contrebas, vers la Baie du Trésor, s’étend une mangrove rare, celle du mangle-médaille. Les falaises encaissent la houle atlantique, et le ciel appartient aux oiseaux de mer : sternes, pailles-en-queue à bec rouge, et le discret moqueur gorge-blanche, un passereau que l’on ne trouve presque nulle part ailleurs. La presqu’île elle-même doit son nom à une caravelle — un navire dont la silhouette, dit-on, se devinait dans le profil de cette langue de terre lancée vers le large.

La vue à 360°

C’est la récompense de la montée. À quelques pas du phare, une table d’orientation embrasse tout l’horizon. D’un côté, les deux grandes baies découpées de la presqu’île — la Baie du Trésor et la Baie du Galion — et le village de Tartane posé sur son isthme. De l’autre, l’Atlantique à perte de vue.

Le regard file sur toute la réserve, ses falaises et ses criques. Les jours de grand beau, il porte jusqu’aux reliefs du nord de l’île — la montagne Pelée au loin — et, tout au large sur l’horizon, jusqu’à la silhouette bleutée de la Dominique. Peu de points de vue, en Martinique, en donnent autant d’un seul regard.

Le Château Dubuc, juste en contrebas

Avant même d’attaquer la montée, on croise une autre page d’histoire : les ruines du Château Dubuc. La famille Dubuc, des nobles normands, s’installe en Martinique dès 1657 et reçoit ces terres de La Trinité ; la maison de maître est édifiée vers 1725. C’était alors une vaste habitation sucrière et caféière de quelque 350 hectares, dont la prospérité reposait, comme partout à l’époque, sur le travail de centaines d’esclaves.

Une légende tenace prête aux Dubuc un commerce de contrebande, marchandises et captifs débarqués en douce dans la Baie du Trésor. Ruinée à la fin du XVIIIᵉ siècle, pillée par les Anglais en 1794, l’habitation est abandonnée vers 1815. Ses ruines, classées monument historique en 1992, se visitent aujourd’hui : un petit musée retrace l’histoire du domaine (entrée payante, quelques euros, ouvert en journée). C’est aussi là qu’on gare la voiture avant de partir vers le phare.

Y aller depuis la villa

Comptez une huitaine de minutes de route depuis la Villa Kaïbana jusqu’au parking du Château Dubuc, à l’entrée de la réserve. De là, deux sentiers balisés partent du même point : une petite boucle facile d’environ 1 h 30, qui traverse la forêt et la mangrove, et une grande boucle d’à peu près 9 kilomètres (3 h 30), qui longe le phare, la Pointe Caracoli et la Baie du Trésor. Pour le seul phare, comptez une trentaine de minutes de marche depuis le parking.

Une précision utile : l’intérieur de la tour ne se visite pas au quotidien — on y grimpe seulement lors de rares visites guidées, aux Journées du patrimoine ou sur programmation du Parc. Mais le pied du phare et la table d’orientation, eux, sont librement accessibles, et c’est là qu’est la vue. L’entrée de la réserve, elle, est gratuite.

Quelques réflexes pour en profiter : la presqu’île est très exposée et n’offre presque pas d’ombre. Partez tôt le matin ou en fin d’après-midi, jamais en plein soleil de midi ; emportez de l’eau, de bonnes chaussures, et redescendez avant la nuit — sous les tropiques, elle tombe vite et sans prévenir.

Le phare, au rythme Kaïbana

Le meilleur moment, c’est peut-être la fin de journée. On quitte la villa quand la chaleur retombe, on grimpe tranquillement tandis que la lumière dore les falaises. En haut, la presqu’île entière est à vos pieds : les deux baies, l’océan, le village minuscule, et ce grand silence que seul le vent vient troubler. On redescend au crépuscule, les jambes agréablement lasses.

De retour à la maison, il reste juste ce qu’il faut de soirée pour un ti’punch sur la terrasse, face à la nuit qui gagne Tartane. C’est l’une des plus belles demi-journées d’un séjour ici : un peu d’histoire, une grande bouffée d’air du large, et la villa qui attend, à quelques minutes seulement du bout du monde.

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